Le remplacement d’une serrure par un locataire ne fait l’objet d’aucune interdiction dans la loi du 6 juillet 1989. Le droit à la jouissance paisible du logement autorise cette opération. Mais cette liberté s’accompagne de conditions précises, et les ignorer déclenche des litiges coûteux lors de l’état des lieux de sortie ou en cours de bail.
Déduire la facture du serrurier sur le loyer : le piège le plus coûteux
C’est l’erreur qui revient le plus souvent devant les tribunaux. Un locataire fait intervenir un serrurier, estime que la réparation incombe au bailleur, et soustrait le montant de la facture directement du loyer suivant.
Le tribunal judiciaire de Nanterre, dans un jugement du 5 mai 2025, a condamné des locataires qui avaient déduit une facture de serrurier de 1 045 euros de leur loyer. Le juge a rejeté leur demande parce que la facture mentionnait uniquement une « ouverture de porte fermée à clé », sans aucune preuve de vétusté du mécanisme.
La règle est nette : un locataire ne peut pas imputer unilatéralement un coût de serrurerie sur le loyer. Même si la serrure est réellement vétuste, la procédure exige d’abord d’établir la preuve du dysfonctionnement (photos, rapport d’un professionnel, comparaison avec l’état des lieux d’entrée), puis de demander un remboursement au propriétaire. Retenir une somme sur le loyer sans accord ni décision de justice expose à une procédure pour impayés.

Restitution du logement en fin de bail : ce que la serrure change concrètement
La loi du 6 juillet 1989 impose au locataire de rendre le logement dans son état d’origine. Remplacer un cylindre simple par un modèle identique ne pose généralement pas de difficulté. En revanche, installer une serrure multipoints, un blindage de porte ou un système connecté modifie l’équipement d’origine.
Sans accord écrit du propriétaire, ce type d’intervention est qualifié de transformation. Le bailleur peut alors exiger la remise en état aux frais du locataire lors du départ, ou retenir le coût correspondant sur le dépôt de garantie.
Trois situations qui déclenchent une retenue sur le dépôt de garantie
- La serrure installée est d’un type différent de celle d’origine (passage d’un verrou simple à une serrure trois points, par exemple) et le propriétaire n’a pas donné son accord écrit
- L’ancien jeu de clés n’est plus compatible avec le nouveau mécanisme et aucun double n’a été fourni au bailleur à sa demande
- La porte a été percée ou modifiée pour accueillir le nouveau système, ce qui constitue une altération du bien au-delà du simple changement de serrure
Conserver l’ancienne serrure et ses clés permet de remettre le logement en état sans frais supplémentaires. C’est une précaution simple qui évite la majorité des contentieux à la sortie.
Obligation de remettre un double des clés au propriétaire : vrai ou faux
Aucun article de la loi du 6 juillet 1989 n’impose au locataire de fournir un double des nouvelles clés au propriétaire. Le bailleur n’a d’ailleurs pas le droit d’entrer dans le logement sans l’autorisation du locataire, même en cas d’urgence, sous peine de poursuites pour violation de domicile.
Certains baux incluent une clause exigeant la remise d’un jeu de clés au propriétaire. La validité de ce type de clause est contestable, car elle entre en conflit avec le droit à la jouissance paisible. Dans la pratique, refuser de communiquer un double en cours de bail reste légal, mais peut compliquer la relation locative, notamment pour l’organisation de visites en cas de congé ou de travaux urgents.
Ce que le locataire doit au moment du départ
Au terme du bail, la remise de l’ensemble des clés (y compris celles de la nouvelle serrure) conditionne la restitution du dépôt de garantie. La remise des clés marque la fin officielle de l’occupation du logement.
Un arrêt de la Cour de cassation du 12 septembre 2024 (3e chambre civile, n° 23-18.132) a toutefois précisé qu’un locataire ayant donné congé régulièrement n’est plus redevable des loyers à l’issue du préavis, même s’il n’a pas remis les clés. Cette décision corrige l’idée, encore répandue, selon laquelle l’absence de remise des clés prolongerait automatiquement l’obligation de payer le loyer au-delà du préavis.

Qui paie la serrure : vétusté, perte de clés et effraction
La répartition des frais entre locataire et propriétaire dépend de la cause du remplacement. Confondre ces situations est une source fréquente de conflits.
- Perte de clés ou convenance personnelle : le locataire prend en charge l’intégralité des frais, y compris l’intervention du serrurier
- Vétusté du mécanisme (serrure qui ne tourne plus, cylindre grippé malgré un entretien normal) : le propriétaire est tenu de remplacer l’équipement défaillant, à condition que le locataire prouve le dysfonctionnement lié à l’usure normale
- Effraction : le locataire doit déclarer le sinistre à son assurance habitation dans un délai de deux jours ouvrés, puis déposer plainte. L’assurance couvre généralement le remplacement de la serrure, sous réserve des conditions du contrat
- Vice caché ou malfaçon constatée à l’entrée dans les lieux : la charge revient au bailleur, car il a l’obligation de fournir un logement équipé de dispositifs de fermeture fonctionnels
Dans tous les cas, conserver la facture du serrurier, les photos de la serrure avant et après intervention, et l’état des lieux d’entrée constitue le socle de preuve en cas de désaccord.
Le changement de serrure en location reste un droit du locataire, encadré par des obligations de restitution et de preuve que beaucoup sous-estiment. L’arrêt de la Cour de cassation de septembre 2024 et le jugement de Nanterre de mai 2025 montrent que les tribunaux sanctionnent autant le locataire qui déduit sans preuve que celui qui néglige la remise en état.
Garder l’ancienne serrure, documenter chaque intervention et ne jamais retenir de somme sur le loyer sans procédure restent les trois réflexes qui évitent l’essentiel des litiges.